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Les fourmis sont contaminés par les phtalates


Les fourmis sont contaminés par les phtalates - Musée de l'Abeille Vivante et Cité de la Fourmis

Un milligramme de phtalates par kilo de fourmi vivante

Utilisés pour ramollir les plastiques, les phtalates se retrouvent dans latmosphère sous forme de particules qui sont absorbées par les insectes à travers leur cuticule.

La surprise a été totale à lInstitut de recherche sur la biologie de linsecte de Tours (Indre-et-Loire). En effet, là-bas, les scientifiques étudient lécologie des fourmis mais pas leur exposition à la pollution. «Nous avons été sidérés de découvrir un peu par hasard que ces insectes sont tous contaminés par les phtalates», reconnaît Alain Lenoir, professeur émérite. Ces molécules produites par lindustrie entrent dans la composition des plastiques pour les rendre flexibles et leur donner une forme. Or, elles sont présentes dans les fourmis du monde entier. «Dans les forêts tropicales, dans le désert marocain, en montagne ou dans les endroits les plus éloignés de toute activité humaine», ajoute le chercheur.

Un milligramme de phtalates par kilo de fourmi vivante

Du coup, Alain Lenoir et plusieurs de ses collègues ont publié leurs observations dans la revue The Science of the Total Environment (15 décembre 2012). Ils se demandent notamment si les fourmis ne pourraient pas constituer de bons indicateurs pour la pollution atmosphérique. Chez ces insectes sociaux, la communication chimique joue en effet un rôle très important et leur cuticule (lépiderme qui couvre le corps de linsecte) est très absorbante, notamment au niveau de labdomen. Elle laisse passer les molécules qui sy déposent en surface et relargue aussi facilement vers lextérieur les substances produites par lanimal.

Les échanges avec le milieu via la cuticule sont constants et rapides. Les chercheurs de Tours ont constaté quil suffit de poser quelques instants une fourmi sur la plate-forme en plastique dun microscope pour quelle «se charge» en phtalates. À linverse, des fourmis enfermées pendant plusieurs semaines dans un pot où lair a été filtré nont plus aucune trace de phtalates à lintérieur de leur organisme.

Les niveaux de contamination sont en général très faibles: autour de 5 nanogrammes (ng) par individu (1 ng = 1 milliardième de gramme), soit environ 1 milligramme par kg de fourmi vivante.

Les phtalates sont des perturbateurs endocriniens. Plusieurs études ont montré quils réduisent la fertilité chez les rongeurs, ce qui a suscité beaucoup dinterrogations sur leur toxicité, notamment chez lhomme. Leur utilisation a été interdite dans les jouets et certains autres objets destinés aux jeunes enfants.

Quel est leur impact sur les petits insectes? Personne ne sest encore posé la question. Alain Lenoir va prendre contact avec le laboratoire de lInstitut national de recherche et de sécurité (INRS) basé à Nancy, qui étudie limpact des phtalates sur les salariés des industries qui les manipulent. «Les fourmis sont très résistantes. Elles parviennent à se détoxifier de substances aussi nocives que les métaux lourds, voire larsenic», souligne le chercheur qui admet que, sil avait plus de moyens, il chercherait la présence dautres polluants. «Je ne suis pas étonnée que les fourmis soient contaminées par les phtalates. En Europe, en Amérique et en Asie, il y en a partout, dans lair intérieur des habitations aussi bien que dans leau des rivières», affirme Anne-Marie Saillenfait, de lINRS. Leur omniprésence sexplique par le fait quils sont libérés sous forme de particules dans latmosphère. Contrairement à ce que leur apparence extérieure plutôt lisse laisse supposer, les plastiques se dégradent soit par simple contact, soit sous leffet de la lumière ou de la chaleur.

article parue sur LE FIGARO - article de YVES MISEREY